La chasse à l’ours est devenue une pratique courante au Québec et les taux de succès sont relativement constants d’une année à l’autre. Cela démontre qu’il y a de la stabilité et peut-être même de légères augmentations au niveau des populations. En fait, en 2020 c’était près de 17 673 adeptes qui chassaient l’ours au Québec. Et qui dit chasse à l’ours dit souvent de nombreuses caméras installées, mais également brisées. Or, ce n’est pas un cerf qui posera une patte ou une solide mâchoire sur un de ces précieux outils, alors qu’on sait très bien qu’un ours noir peut agir ainsi. Afin d’éviter tout bris inutile de vos caméras, voici donc quelques règles importantes à suivre.
Les odeurs à éliminer
L’odorat de l’ours est légendaire et c’est justement son odorat qui lui permet la plupart du temps de découvrir les sites avec appâts que nous installons à son intention. Cependant, il est rare qu’un ours soit stationnaire au même endroit, si bien qu’en dehors d’un appât artificiel offert par l’homme, il passe une partie de ses journées à se déplacer dans un domaine vital qui peut parfois atteindre une taille surprenante. À titre d’exemple, une récente étude du ministère de la Faune et des Parcs révèle en autre qu’une femelle ourse s’était déplacée sur 260 km en 3 mois, soit du Nord forestier de la Mauricie vers le sud de Lanaudière, et ce afin de se nourrir dans des champs agricoles.
Ainsi être longuement au même endroit est inhabituel chez l’ours et quand ça survient comme sur un appât, et bien là ils voient tout, sentent tout et enregistrent tout de cet endroit en incluant une petite boite noire avec une lentille. C’est quand il verra quelque chose d’inhabituel qu’un ours s’approchera d’une caméra sans avoir l’intention initiale de la vandaliser. Autrement, il s’en approchera aussi, car il sentira quelque chose.

C’est pourquoi on recommande de porter des gants lors de l’installation des appareils, mais avec l’odorat de l’ours il ne faut rien sous-estimer, car si vos gants étaient dans le véhicule ou dans un sac à dos avec d’autres objets, alors il y aura déjà un doute olfactif détectable pour lui. Des gants nitrile ou des gants jetables sont plus désignés et je suggère de les garder dans un sac de plastique (ziploc) lors du transport. Un ami à moi frottait ses gants dans de la terre près d’un appât avant d’aller manipuler sa caméra et systématiquement tous les ours allaient sentir la caméra, car à chaque pied carré de terre autour du site, il y avait un lien olfactif OURS au sol. Bref, le mot d’ordre avec l’odorat spectaculaire des ours c’est le moins d’odeurs sur soi (linges) et sur ses mains en allant manipuler une caméra. La meilleure prescription possible à mon avis sera de se rappeler la règle suivante : AUCUN appât ne doit être manipulé avant de jouer avec une caméra, sinon on doit changer nos vêtements. Lorsque vous retournez sur votre site, le mieux est d’échanger la carte mémoire sans trop de manipulation inutile du boitier, puis après on s’occupe des appâts avant de quitter. Cela signifie donc, qu’aucun retour du lieu olfactif avec des appâts au lieu photographique.
Réduire l’accès
Un autre truc important à appliquer afin de limiter les contacts ours et caméras est de dresser un obstacle entre l’animal et la caméra. Cela peut se faire en utilisant des arbres disposés un peu en ceinture d’épées au sol et dans les airs afin de garder une distance raisonnable entre l’animal et l’arbre retenant la caméra. Il suffit d’ajuster l’angle de la caméra afin qu’elle dépasse légèrement le dessus des obstacles pour bien immortaliser les ours présents sur le site. Une subtile connaissance du corridor de déplacement des ours permettra aussi de ne pas installer la caméra directement parmi eux. De plus, SPYPOINT offre des boitiers de protection fort efficace et résistants qui protègeront vos caméras des mâchoires et pattes imposantes. Par ailleurs, certains débrouillards peuvent également se bricoler une planche artisanale anti-pattes d’ours en utilisant des vis et des clous entourant la caméra.
Il faut aussi savoir que les ours peuvent endommager les caméras non pas avec leurs pattes et leur gueule, mais tout simplement lorsqu’ils ont peur d’un autre ours et qu’ils accrochent la caméra avec leur corps en montant dans l’arbre durant une fuite. Dans ce cas, le choix stratégique d’un piquet ou d’un arbre exige un peu de subtilité et de connaissance préalable de notre part.

Par ailleurs, avoir un plan large et un grand angle de son site permet de voir les directions que les ours empruntent. Ainsi, il m’arrive d’installer des caméras à une certaine distance et même directement dans un mirador rapproché, en donnant un petit angle vers le bas à la caméra en utilisant un coin en bois triangulé afin d’incliner l’objectif. En augmentant la distance entre la caméra et l’appât et en utilisant des angles en hauteur, vous réduirez les risques de contacts physiques entre vos caméras et les ours du secteur. J’utilise également sur certains de mes sites qui le permettent, les branches naturelles des arbres afin que ces dites branches savamment coupées servent de bouclier et d’obstacles aux pattes des ours.
Des caméras pour apprendre et pour bien distinguer vos ours.
Les caméras de surveillance sont de précieux outils pour bien planifier et même anticiper ce qui peut survenir sur un site. Des hiérarchies existent chez les ours et on y découvre parfois qui sont les ours qui arrivent tôt et qui sont ceux qui arrivent chronologiquement en dernier sur le site. Les photos analysées aident également à évaluer la taille d’un ours et à titre d’exemple la présence souvent recherchée d’une tâche blanche ou d’un V blanc sur leur poitrine. En tant que guide en lien avec cette chasse depuis plusieurs printemps, je considère que les caméras représentent même une forme d’outils d’étude et conséquemment de gestion de population fort à propos quand on vise à protéger des femelles accompagnées d’oursons. En effet, il existe parfois un petit délai entre l’arrivée d’une femelle et celle de son ourson, mais si on reconnaît la femelle en question en avance en photo, et bien il a fort à parier en contexte de chasse que celle-ci sera éthiquement graciée dans les circonstances. Avec photos à l’appui, j’aime bien suggérer, quand les populations sont bonnes, une forme de gestion priorisant le prélèvement des mâles avant les femelles. C’est en regardant les images avant la chasse que l’adepte comprendra qu’il peut attendre un moyen ou un plus gros sujet affichant parfois le double du poids que le premier juvénile qui se montre le bout du museau. Les caméras peuvent également nous permettre d’en apprendre davantage sur les comportements des ours pour ainsi les reconnaitre d’une année à l’autre. N’oubliez pas non plus que souvent lorsqu’une photo démontre un ours qui regarde autour dans la forêt, c’est qu’il a probablement de la visite avec lui. Les caméras peuvent aussi nous permettre de découvrir les meilleures heures pour être à la bonne place, au bon moment. Il y a 3 ans un ours trophée a été prélevé sur un de mes sites à 6h50, car les caméras révélaient qu’un ours lourdaud et fort matinal passait par là peu après la levée du jour. Honnêtement, sans caméra pour le détecter, le chasseur a avoué par la suite qu’il n’aurait jamais fait le guet aussi tôt le matin sur ce site, mais aujourd’hui cet ours trophée est naturalisé à son chalet.
Ainsi au-delà de la chasse à l’ours, j’ai beaucoup appris sur cette espèce magnifique en la chassant, en la filmant, mais bien évidemment en laissant une panoplie de caméras qui travaillent et qui espionnent pour moi en tout temps et dans toutes les conditions sur mes sites.
MICHEL THERRIEN
L’auteur est chroniqueur, conférencier et guide dans le domaine de la chasse et du plein air.
Vous pouvez retrouver ses articles dans Aventures chasse et pêche, sur sa page Facebook et Instagram, ainsi sur son site www.micheltherrien.com


Par: Michel Therrien